Quand le ciel vous tombe sur la tête ? On se relève, pardi !

Le mercredi 28 juin, comme prévu par la gynéco, j’ai RDV avec un obstétricien qui est spécialisé dans les pathologies mammaires.

Le matin nous déposons notre fils chez la nounou et nous discutons des éventualités avec mon mari. Le sujet de la grossesse est sensible, je lui dis qu’il est hors de question d’avorter, pour moi, cela reviendrait à ce que je tue mon propre bébé. Je ne souhaite absolument pas avorter. Je suis en totale opposition.

Mon mari, qui est également très affecté, me dit qu’en effet ça sera dur si une telle décision devait être prise. Mais que si continuer la grossesse veut dire mettre ma vie en danger, il ne prendra pas ce risque , faire le choix de continuer la grossesse coûte que coûte, équivaudrait à prendre le risque de me perdre pour un bébé qui n’est pas aujourd’hui reconnu viable, car nous ne sommes qu’à 12 semaines d’aménorrhées. Il me dit qu’il a besoin de moi et que mon fils de bientôt 3 ans aussi. Qu’ils ont besoin de leur femme et mère.

Je le comprends, il n’a pas tort mais c’est dur , et malgré tout j’acquiesce et lui promets avant tout, de tout faire pour rester auprès d’eux ! Je lui promets que si le choix se pose en ces termes, en effet on devra me soigner en priorité. Mais j’étais à mille lieux de me douter de la suite.

Quelques heures plus tard, nous voici  à la clinique de L’union, dans la salle d’attente du docteur Puyuel*. L’attente est un chose difficilement supportable, j’ai mis mes lunettes  noires afin de cacher mes larmes et mes yeux bouffis.

Je fais quelques recherches sur Internet, sur le médecin que je vais voir, je constate qu’il a écrit un livre, à destination des médecins, concernant la difficulté à annoncer un diagnostic de cancer. Je me dis qu’il a donc bien l’habitude. Hormis, cela je ne trouve rien. Ceci m’angoisse, je ne maîtrise rien, c’est assez agaçant car à l’opposé de mon tempérament.

Nous sommes appelés pour être installés devant la porte de son cabinet. J’ai trouvé ce moment particulièrement difficile, en effet, le fait d’être déplacés a fait monter l’adrénaline, nous sommes tellement proche du médecin et du verdict.

Cela, a toutefois l’avantage, de nous permettre d’être isolés, loin des futures mamans qui étaient également dans le salle d’attente avec leurs ventres ronds. L’émotion est palpable… L’attente parait incroyablement longue.

C’est enfin à nous.

Le médecin fait preuve d’une immense pédagogie, nous avons droit à des petits schémas explicatifs sur le document de l’ANAPATH

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Nous apprenons donc que j’ai un cancer du sein droit (jusque là on avait suivi) :

  • Grade 2, comme la plupart des détections de cancer du sein, les grades allant de 1 à 3, le 3 étant le grade le plus avancé
  • carcinome infiltrant type canalaire qui est le type le plus fréquent et ce qui signifie que ce méchant cancer provient des canaux mais a envahi le sein.
  • non hormono dépendant : il n’est pas réceptif aux hormones et n’aurait pas pu être boosté par mon état de grossesse.
  • sur expression du récepteur HER 2 score 3+. : c’est un cancer particulier mais pour lequel il existe une thérapie ciblée. Cette thérapie étant une bonne nouvelle pour le médecin car avant cela les chances de survie était moindre.  A ce moment là je pense : « Quelle est la bonne nouvelle là, sérieusement?  

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Le médecin me demande de revenir sur l’histoire de la découverte de la pathologie, je lui raconte tout (cf blog : Allo, Docteur ? ).

Il consulte les dernières échographies, il pense qu’il y aurait une chance d’être conservateur au niveau du sein, il me dit que l’on va essayer mais que la tumeur est tout de même de taille importante.

En outre, vu la soudaineté et le manque de diagnostic clair il y a un an, il faut de toute façon agir vite.

Le docteur, m’ausculte, il constate que le sein est chaud. Il me demande si ma peau avait cette apparence également. A vrai dire, je ne sais pas vraiment, ma poitrine ayant pris du volume avec la grossesse, je ne sais le dire. Il constate que les veines sur ce sein ressortent énormément et qu’il y aurait comme une rougeur (plutôt rosée). En outre, la grosseur était clairement visible sans aucune palpation (ben oui, c’est pour cela qu’on s’est affolés nous ! ). A la palpation il trouve que la grosseur semble plus importante que ce qu’il y a sur les rapports d’échographie. Il souhaite avoir une nouvelle échographie tout de suite.

Il aborde la grossesse, il me dit qu’au vue de la consultation qu’il vient de faire, une interruption thérapeutique de grossesse est clairement à envisager, car on ne peut pas me traiter et surtout qu’on ne peut pas faire de bilan oncologique, étape essentielle avant de démarrer le traitement. (scintigraphie et un scanner TAP).

Il m’annonce qu’on s’orienterait vers de la chimiothérapie néoadjuvante, ablation et radiothérapie. L’idée étant de commencer en urgence, soit la semaine d’après. En outre, avec cette auscultation, la conservation du sein ne semble plus d’actualité.

En tout état de cause, ce protocole va être discuté en réunion pluridiscipinaire.I l me dit qu’il va falloir aller vite, qu’il ne peut vraiment pas me garantir que mon pronostic vital n’est pas déjà engagé à l’heure où il me parle. Il y a un risque à ne pas négliger de maintenir la grossesse :pour moi comme pour le foetus (ayant un petit bout, j’étais dévastée. Que faire ? Qui sacrifier ?c’était horrible). Je lui dis que nous souhaitions garder notre bébé.

Il a insister pour me faire prendre conscience, qu’au delà de mes chances de survie, il y a des risques de malformations sur le foetus et l’accouchement sera de toute façon déclenché très vite soit avant terme ce qui augmente les risque pour ce bébé.

Je pars donc en urgence au service d’échographie afin de confirmer son diagnostic. Pendant l’attente, j’appelle ma mère en larmes. C’est vraiment trop dur.

Puis, le couperet tombe, nous ne sommes plus sur une tumeur de 35mm x 20mm, mais sur une tumeur qui fait le tiers du sein.  (extrait du bilan : lésion néoplasique correspond à la totalité du placard induré palpé, s’étendant du rayon 8:00 au rayon 1:00). Ma tumeur était donc très grande et se développait très rapidement.

Le docteur me donne sa ligne directe pour que nous l’appelions à tout moment, programme l’interruption thérapeutique de grossesse pour le mercredi 4 juillet au matin et je vois dans la foulée l’anesthésiste pour ce curetage. Tout va très vite, nous n’avons absolument pas le temps de comprendre ce qu’il se passe.

C’est un tsunami, une vague, une grande claque ! La clinique et le corps médical gèrent tous les RDV et la paperasse. Nous signons, hochons la tête, donnons la carte vitale, payons, mais nous sommes en pilote automatique. Nous sommes sous le choc !

Suite à cette après midi là, nous prévenons nos familles respectives, nous décidons de partir le soir même en Bretagne pour nous changer les idées. Nous réservons une chambre d’hôtel à mi chemin, pur ne pas prendre de risque inconsidéré.

Nous récupérons notre fils avec mon mari qui en profite pour prévenir la nounou. Dans cette étape, je dis à mon mari que, la place de notre fils est avec nous, tout près, il nous permet de nous recentrer sur l’essentiel et sur du positif. A ce moment là, il nous apportera tellement.

Mon fils devait sentir qu’il y avait  quelque chose, il était calin, attentionné et extrêmement sage. Il débordait de tendresse.

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Nous voilà donc en partance pour le mariage de nos amis J’avais besoin de partir, de mettre des centaines de kilomètres entre mon domicile et moi. J’avais besoin de m’aérer la tête, de respirer, de voir des gens heureux, au moins sur ce week end là ! De vivre comme d’habitude tout simplement.

 

3 commentaires sur “Quand le ciel vous tombe sur la tête ? On se relève, pardi !

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  1. J’ai connu ces moments là .. même impression de néant avec un fils du même âge . Une oncologue remarquable m’a permis d’avoir mon 2ème … le risque d’un prema était là mais pas question de laisser ce cancer prendre le dessus. HER 2 triple négatif stade 3 pour ma part en sept et Oscar est né à 31 sa le 13/03/18. Mon combat n’est pas fini, chimio avec bébé possible mais maintenant la radiothérapie m’attend. Beau témoignage , bravo! Et non tu n’es pas seule 😉

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